Nous relayons ici le manifeste du collectif La révolte des mères. L’oubli, voire le tabou, de la maternité est peut-être le point aveugle des luttes féministes, la maternité étant le statut contre lequel les discours fondateurs du féminisme se sont construits. Or, pour être complète, la déconstruction des structures patriarcales ne peut faire l’économie de ce qui fait l’essence du patriarcat, à savoir la domination et l’oppression des mères et des enfants*. Le principe patriarcal, sécularisé dans le principe de l’autorité, ne s’instancie pas seulement dans la prérogative des mâles mais, plus largement, dans celle des pères ou de leurs divers agents et figures institutionnelles, culturelles, sociales ou politiques. Dans cette perspective et pour en finir radicalement avec toute forme de domination, l’émancipation des mères et des enfants est cruciale.

MANIFESTE

Disqualification maternelle, surveillance et harcèlement éducatifs, désenfantements, justice patriarcale, violences obstétricales, physiques, administratives, institutionnelles, symboliques, les témoignages des violences que subissent des femmes en raison ou dans le contexte de leur maternité sont en augmentation, soit parce que ces violences sont de plus en plus reconnues comme telles, soit parce qu’elles sont de plus en plus fréquentes. Il s’agit là d’une violence et d’une domination structurelles à l’endroit de la maternité. Les autorités, les institutions, l’administration – juges, officiers d’État civil, médecins, pédiatres, personnels de PMI, enseignants, éducateurs, etc. – s’autorisent une violence accrue envers des femmes parce qu’elles sont mères, et précisément parce qu’elles occupent une position de vulnérabilité relative à un type de société qui ne protège et ne valorise pas suffisamment ledit travail reproductif.

La violence envers les mères est directement liée à une structure sociale patriarcale héritée de l’Antiquité et qui a toujours cours de nos jours, cela en dépit des nouvelles dispositions législatives liées à l’autorité parentale telle la loi de 1970 sur la déchéance de la « puissance paternelle » qui assurait l’exclusivité de l’autorité du père sur les enfants, l’autorité dite désormais parentale consacrant l’égalité des pouvoirs et devoirs du père et de la mère dans l’éducation des enfants. Le patriarcat est une forme d’organisation sociale fondée sur la famille patriarcale, c’est-à-dire sur la parenté par les mâles et sur la puissance paternelle. Avant de consacrer une domination masculine, le patriarcat institutionnalise la domination des pères sur les enfants et leurs mères. Si la loi se veut égalitaire, la réalité sociale continue de refléter le patriarcat culturel. En effet, le patriarcat s’incarne dans diverses figures autres que celle du père, notamment dans les systèmes médical, éducatif et judiciaire.

Ainsi, de nos jours, être mère est la deuxième situation de vulnérabilité la plus importante après être mineur, vulnérabilité cependant relative et culturellement construite qu’on exploite à l’envi comme justification des violences infligées.

Cela commence par le zèle médical pendant la grossesse, les violences obstétricales en salle de naissance, le sabotage de l’allaitement en post-partum. Cela se poursuit par la critique, l’infantilisation, le dénigrement, la disqualification, l’incompétentisation, la remise en cause des choix éducatifs (allaitement, portage, refus de la violence éducative, etc.). Ces dernières violences sont souvent exercées au nom d’un savoir ou d’une expertise qui dénie aux mères toute capacité, instinctive ou acquise, à être « expertes » de leur propre enfant.

Le placement abusif est le sommet de la pyramide des violences faites aux mères, leur point extrême mais en amont de cet extrême, il y a la violence de certains pères qui imposent aux enfants et aux mères, par le juge aux affaires familiales, leur bras armé et garant du maintien du système patriarcal, l’arrêt de l’allaitement, les séparations précoces, l’école, la garde alternée…

Le collectif auteur de ce manifeste est né de la volonté de mettre fin à cette violence et en appelle à la révolte des mères, un immense mouvement materniste et materféministe pour dénoncer leur discrimination par des structures patriarcales oppressives. Les mères sont les ultimes garde-fous contre la violence éducative systémique. Elles sont, après les enfants, les premières victimes de l’exploitation, de l’idéologie colonisatrice des corps et des esprits que porte le système techno-capitaliste.

Nous ne sommes pas des utérus que l’on peut vider impunément pour nourrir l’abominable machine. Nous ne sommes pas des servantes écarlates dépourvues de droits sur leur corps et du droit de représenter et défendre l’intérêt supérieur de leurs enfants. Cette haine des mères qui, après les enfants, sont les êtres dont les droits sont les moins respectés, les êtres les plus infériorisés, doit être dénoncée et combattue.

Nous souhaitons construire un savoir et des discours sur ce phénomène afin de mieux en identifier les ressorts et les structures. Pour cela, nous souhaitons explorer la littérature relative au sujet, susciter des recherches dans divers champs des sciences sociales, recueillir les témoignages des maltraitances, des violences, des discriminations et des disqualifications subies. Un questionnaire est en cours d’élaboration à cet effet.

Nous lançons un appel à toutes les mères afin qu’elles viennent témoigner ici de tous les abus qu’elles ont subis et qu’elles continuent de subir parce qu’elles sont mères. Un abus impitoyable qui peut aller jusqu’au retrait de l’enfant, à la séparation de l’enfant et de sa mère. Et c’est si souvent pour protéger leurs enfants que les mères se laissent détruire.

Merci de partager cet appel.

Contact : contact@larevoltedesmeres.org
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* Plus généralement de toute personne soumise à une autorité, quelle que soit la forme que revêt celle-ci, politique, institutionnelle, juridique, économique, scientifique, etc.

Illustration : Le Massacre des innocents, Nicolas Poussin

Catégories : Écoféminisme

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