Quel coup de maître politique vient de jouer le président de la République ! En un discours, certes renforcé par des mois de famine sociale et économique dûment organisée, il a réussi une fantastique inversion de causalité. Fantastique car, du point de vue des lois élémentaires de la causalité, elle est d’ordre surnaturel. Il aura suffi d’un discours pour diviser les Français en deux camps, l’un accusant l’autre d’être responsable du prolongement de la crise sanitaire. Les confinements, la surcharge des hôpitaux, les contraintes et limites à la circulation, la réduction de la liberté de consommer, les morts, tout cela désormais, c’est de la faute de ceux qui refusent d’être vaccinés.

Pourtant, depuis l’apparition du virus SARS-CoV-2, les principales causes de la crise sanitaire, ce sont, d’une part, les choix politiques immédiats et locaux propres à chaque pays et d’autre part, ce que j’appellerais les choix de civilisation. La lutte contre les maladies par la vaccination, c’est un choix de civilisation en continuité avec d’autres choix anti-écologiques qui caractérisent la civilisation occidentale. Une civilisation qui a produit ses propres maladies, ses propres maux, ses propres épidémies. Cancers, diabète, maladies cardiovasculaires, neurodégénératives, auto-immunes, obésité, dépressions… Ces affections sont directement liées au mode de vie occidental, un mode de vie caractérisé par la sédentarité, le tabagisme, l’alcoolisme, une forme de malnutrition en même temps que la suralimentation, l’exposition à de nombreuses substances toxiques, notamment à des perturbateurs endocriniens, la surproduction d’objets et leur surconsommation, le stress, le pervertissement et la pénurie des liens sociaux qui en résultent, l’abus de médicaments corrélés au mal-être physique et psychique… Mais aussi la pauvreté, la promiscuité, des relations sociales fondées sur la concurrence, l’autorité et le contrôle, le partage inégal des richesses, l’injustice sociale… Ce mode de vie a des effets destructeurs directs sur les corps humains, mais également sur les autres êtres vivants et sur l’environnement, ce qui est une autre source, indirecte, de maux pour les humains. Ce qui le caractérise avant tout, c’est l’hubris, l’excès, la surenchère, l’excroissance et c’est précisément en cela qu’il est anti-écologique. À côté de ce gavage, le défaut de convivialité et de solidarité est criant, les relations médiatisées par des objets ayant remplacé les liens vivants et directs.

Avons-nous réellement fait ensemble ces choix de civilisation ? Ou nous sommes-nous laissés convaincre qu’ils étaient dans l’intérêt des sociétés humaines ? Avons-nous été contraints, séduits, manipulés par quelques marchands de confort illusoire ? Il y a des deux, probablement. Mais au moment même où les effets pervers de ces choix se sont faits sentir, plutôt que de modifier la trajectoire et d’opérer de nouveaux choix sociétaux, nous avons persévéré en produisant toujours plus de béquilles pour faire tenir l’édifice chancelant. Nous nous sommes entêtés dans une logique de surenchère, de plus, de consommation ; une logique capitaliste. La stratégie vaccinale relève typiquement d’une logique d’excès, une logique capitaliste et anti-écologique. Plutôt que de rétablir les immunités défaillantes, elle se surajoute aux stratégies biologiques initiales. Tant mieux, répondront certains, si nos immunités sont renforcées par des techniques sophistiquées. Oui et non. Car cette immunité industriellement modifiée a un coût écologique considérable, en lien avec les infrastructures énergivores nécessaires pour la produire. Il n’est pas évident que ce choix de santé publique soit nécessaire, le seul ou le meilleur. Préserver la santé initiale et les conditions optimales dans lesquelles elle se développe est une autre stratégie tout aussi efficace mais qui implique d’autres choix sociétaux, voire un changement radical de modèle social et économique, ce que nous ne parvenons toujours pas ne serait-ce qu’à envisager de faire, malgré tous les feux de détresse qui s’allument autour de nous.

Sans doute d’ailleurs sommes-nous empêchés de changer de paradigme par quelques-uns d’entre nous qui tirent confort, avantage et profits de nos maux. Car la stratégie vaccinale, comme toute stratégie qui repose sur la médecine industrielle ne vise pas l’autonomie sanitaire des corps mais la dépendance à une technique sophistiquée que les médecins seuls ne sont plus capables de mettre en oeuvre. Nous acceptons dès lors de vivre dans un état de perfusion continu, de dépendance totale vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique et hospitalière, d’un État et des institutions indispensables au maintien de ces organes sanitaires. De ce point de vue, ceux qui somment les récalcitrants de se faire vacciner pour faire cesser l’inconfort dont les causes premières et ultimes sont leurs choix de civilisation et les États qui semblent en être les garants valident et perpétuent ces choix funestes. Ils veulent un retour « à la normale », à « la vie d’avant », des solutions qui ne remettent pas en cause leur mode de vie, ils veulent continuer de consommer des objets et des services hautement polluants, ils veulent la liberté de persévérer dans des comportements destructeurs. Et s’ils ne le « veulent » pas à proprement parler, ils cèdent face au chantage à la discrimination. En réalité, ils ne voient probablement même pas les liens entre la crise sanitaire et ces choix de civilisation. De leur point de vue, les responsables sont ceux qui refusent de respecter le « pacte social » ; en réalité, une mascarade de pacte social dont l’approbation n’est jamais recueillie dans un processus démocratique authentique.

Mais la perspective écologique permet de restaurer le sens de la causalité, abusivement inversé par le président et par les fascinés de la stratégie vaccinale. Dans cette perspective, il est naturel que des personnes refusent des stratégies sanitaires qui ne traitent pas les causes principales des maladies, qui ne sont que des rustines incertaines, ou des béquilles provisoires qui reporteront les destructions à plus tard ou plus loin ; des stratégies techniciennes qui plus est autoritaires et anti-démocratiques. Je ne suis pas fascinée par la technologie de pointe que sont les médicaments à ARN messager. Je suis consciente de son coût, à tous points de vue, et de ce qu’elle nous dépossède de nos moyens endogènes d’accès à la santé, de notre autonomie. La stratégie vaccinale nous emprisonne dans un paradigme anti-écologique en maintenant l’illusion que nous en sortirons sans rien changer à nos comportements. Elle est un voile qui masque la misère fondamentale de nos conditions d’existence. Elle empêche la prise de conscience. Elle serait acceptable si elle était assortie de décisions politiques, de choix sociétaux radicaux. Mais ce n’est pas le cas. Les gouvernements du monde entier, qui défendent des intérêts privés, autres que ceux des citoyens ordinaires, persévèrent dans des choix de civilisation délétères. Dans ces conditions, il est parfaitement compréhensible que l’obligation vaccinale suscite la révolte. Deux paradigmes, deux visions de l’évolution humaine et de la vie s’opposent. Et l’une est en passe d’anéantir la possibilité de l’autre. Or c’est dans l’effectivité de cette contestation et de cette remise en question contre-civilisationnelles que réside la possibilité d’une révolution écologique.


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