Couramment, le respect est la considération que l’on porte à une chose à laquelle on accorde de la valeur et que, de ce fait, l’on protège afin de la préserver. La naissance est un événement considéré comme sacré et objet de vénération dans toutes les cultures humaines. L’expression « naissance respectée » peut alors apparaître comme une tautologie car toutes les sociétés humaines se font un devoir de protéger la femme qui enfante et son enfanté.

Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit que pour la grande majorité de ces sociétés, protéger, c’est encadrer par des rites et donc, intervenir. Souvent l’on dénonce l’interventionnisme obstétrical comme une agression propre à notre époque, mais c’est ignorer que l’homme perturbe la naissance depuis des millénaires. Les manières de perturber le processus involontaire qu’est l’enfantement sont extrêmement nombreuses et raffinées. Certaines sont relativement inoffensives quand d’autres peuvent porter atteinte à la vie de la mère et de son bébé.

L’obstétrique moderne affirme que ses pratiques sont scientifiquement étayées. Pourtant, un grand nombre d’entre elles tiennent davantage de la persistance, en dépit de l’évidence, d’habitudes irrationnelles. Et une grande partie de son prestige repose davantage sur sa capacité à rattraper, par la surenchère médicale, les dégâts que causent immanquablement les gestes intrusifs et superflus, ces mêmes gestes qui, pratiqués avant l’avènement de l’hygiène, de l’antibiothérapie et de la chirurgie, tuaient tant de femmes en couches. L’art obstétrical apparaît souvent comme un remède contre lui-même.

Mais respecter, c’est aussi, d’après l’étymologie latine du terme, regarder en arrière, en direction du soubassement physiologique, à protéger prioritairement, de tout comportement humain ; c’est se rappeler que les femmes savent enfanter et les enfants savent naître quoi qu’en pensent les faiseurs de rituels ou ce que Michel Odent nomme les agents de la culture.

Nous ne tenterons pas ici de sauver la médecine obstétricale ; celle-ci n’en a pas besoin, tant il est indéniable qu’elle sauve des vies. En revanche, la physiologie a besoin d’avocats pour montrer sa supériorité sur l’art et la technologie obstétriques en termes de santé et de bien-être, et dénoncer les gestes, souvent violents, qui l’entravent.

En même temps, la naissance est une expérience éminemment subjective. La force de notre croyance ou de notre attachement aux rituels obstétricaux est déterminante dans notre perception de l’événement. Et pour bon nombre d’entre nous, ce qui compte plus que tout, c’est le respect de la dignité humaine dans la naissance.

Catégories : Naissance

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