Dans les Etats-Unis des années 30, le dentiste Weston Price observe que sa jeune patientèle est accablée de divers problèmes de santé : caries, dents mal alignées, faciès déformés, infections, allergies, etc. Il a alors l’intuition que l’alimentation, notamment industrielle, en est l’origine. Pour s’en convaincre, il se lance dans un voyage qui durera douze ans à la rencontre de populations ayant la particularité de ne pas être, ou très peu, en contact avec le processus d’industrialisation et, notamment, de ne connaître ni les aliments raffinés, ni les voies ferrées [1]. Ces populations ont une autre particularité : elles ignorent les dentistes, les brosses à dents et les caries et jouissent d’une santé dentaire éclatante.

Weston Price note que les membres de ces communautés qui ont délaissé leur diète « native » développent rapidement des caries et d’autres problèmes de santé tels que l’arthrite [2] et que les enfants nés de parents ayant consommé les aliments « modernes » avaient globalement des structures faciales moins bien développées : fosses nasales moins larges les prédisposant aux problèmes ORL, arches dentaires moins largement développées laissant présager de futurs problèmes dentaires, dents qui se chevauchent, etc. Il relève aussi que ces visages sont plus étroits, moins symétriques, moins harmonieux. Weston Price a l’intime conviction que l’état des dents est comme une fenêtre ouverte qui renseigne sur l’état de santé global d’une personne.

Petit tour du monde des diètes préindustrielles

Les montagnards suisses du Loetschental consommaient du lait cru de leurs vaches nourries à l’herbe, de la crème, du beurre, du pain au levain complet de seigle, ou des graines de seigle rôties, de la viande le dimanche, des soupes cuisinées au bouillon d’os, quelques légumes l’été. Les membres des tribus pastorales Maasaï du Kenya mangent principalement de la viande, du sang et du lait cru entier de leurs vaches. Weston Price constate chez ces peuples une quasi immunité à la carie dentaire. En revanche, une tribu voisine des Maasaï, les Kikuyus, a adopté un mode de vie agricole et une diète à tendance végétarienne : patates douces, maïs, haricots, bananes et une variété de millet. Les Kikuyus sont moins grands que les Massaï, ont un physique que Weston Price qualifie de moins robuste et connaissent les caries dentaires. Il est en revanche intéressant de noter que les femmes Kikuyus adoptent un régime riche en graisses animales six mois avant leur mariage et qu’elles poursuivent un régime particulier durant la grossesse et l’allaitement. Les Inuits d’Alaska consommaient principalement des produits de la mer, des œufs de poisson, du phoque, de la baleine, un peu d’algues, de baies à la bonne saison, ainsi qu’une sorte d’oseille conservée dans de la graisse de phoque, mais pas de fruits ni de légumes (banquise oblige). Ils étaient, selon les mots de Weston Price, un exemple d’excellence physique et de perfection dentaire… avant l’introduction des aliments industriels.

Les Maoris, insulaires de Nouvelle-Zélande, consommaient du poisson, du requin, de la pieuvre, des fruits de mer, des vers, du porc sauvage, du lard, des noix de coco, du manioc, des algues et des fruits. Weston Price est frappé par le contraste entre l’état des dents, des arches dentaires et des crânes des Maoris avant que ceux-ci n’entrent en contact avec « l’homme blanc » et les structures osseuses des personnes nourries avec des aliments modernes. Les populations de pêcheurs des Hébrides (Écosse) consommaient quotidiennement le produit de leur pêche, poisson, homard, des œufs, des abats de poissons, du bouillon élaboré avec les arêtes, les têtes et les carcasses, de l’avoine sous forme de bouillie fermentée la veille pour le lendemain ou de galette. Tous les chasseurs-cueilleurs, qu’ils soient du Canada, d’Amazonie ou d’Australie, consommaient du gibier, incluant le foie, le sang, la moelle et les glandes, de petits animaux, des oiseaux, des œufs, des insectes, des graines, des tubercules ainsi que le fruit de leur cueillette.

Au delà des particularités locales, Weston Price retient quatre points communs à toutes ces populations immunisées contre les caries dentaires : l’absence d’aliments raffinés notamment sucre, farine et huile ; l’abondance de produits et sous-produits animaux ; des aliments consommés dans leur intégralité ; des graisses animales de haute qualité nutritionnelle.

Les vitamines au secours des dents

Weston Price observe que les diètes traditionnelles contiennent jusqu’à dix fois plus de vitamine A et D que le régime américain standard de l’époque, ainsi qu’une quantité bien supérieure de calcium, de phosphore, d’iode et de fer. Le rôle du calcium et du phosphore dans le cadre de la santé dentaire est bien connu du grand public. On parle moins du rôle de la vitamine D dans l’absorption de ces minéraux dont elle augmente la disponibilité pour l’organisme. Dès 1922, les médecins Edward et Mary Mellanby constatent que les régimes riches en vitamine D, calcium et phosphore et pauvres en céréales permettent une production abondante de dentine secondaire. Une étude de l’INSERM [3] publiée en avril 2015 décrit le processus naturel de réparation de la dent : « Les plaquettes sanguines, activées par la lésion dentaire, sont responsables de la libération d’une grande quantité de sérotonine et de dopamine. Ces neurotransmetteurs recrutent alors les cellules souches pour réparer la dent en se fixant à leurs récepteurs ». En attendant la mise au point de thérapies mobilisant les cellules souches résidentes de la dent, les dentistes se contentent de recommander,  afin de prévenir l’apparition des caries, le brossage, l’éviction des sucreries et l’arrêt des tétées de nuit pour les enfants allaités ! Malheureusement, il n’existe pas de preuve scientifique concluante que le brossage prévienne l’apparition de caries.

Toutefois, les travaux de Weston Price et des époux Mellanby nous ouvrent de nouvelles pistes de prévention et de traitement des caries : soutenir cette capacité d’autorégénération des dents grâce à l’absorption de vitamines via l’alimentation. Nous pouvons synthétiser la vitamine D, à condition de nous exposer suffisamment au soleil, mais sous nos latitudes, seulement d’avril à mi-septembre. Le reste de l’année ou toute l’année en fonction des réserves de l’organisme et des besoins spécifiques (grossesse et allaitement), une complémentation alimentaire est à prévoir. Cependant, comme la vitamine D ne suffit pas toujours à soutenir la réparation des dents, il est alors nécessaire d’ajouter deux autres vitamines : la K2 et la vitamine A ou rétinol sous sa forme la plus assimilable.

L’huile de foie de morue est un candidat parfait pour un régime anti-carie puisqu’elle est riche à la fois en vitamine D et A, sous une forme particulièrement assimilable. Weston Price lui associait volontiers, dans son protocole de soin, le beurre clarifié, riche en vitamine K2.

Prévenir et/ou guérir la carie dentaire ?

Suivant les observations de Weston Price, la santé des dents d’un enfant se construit in utero car elle dépend du statut vitaminique de sa mère avant et pendant la grossesse. C’est de manière empirique que les cultures traditionnelles ont déterminé un régime alimentaire optimal pour les futures mamans. Dans le cas du beurre de mai des montagnards du Loetschental, sa richesse en vitamine K2 permettait aux futures mères de s’assurer un statut vitaminique adéquat avant de démarrer une grossesse. Ainsi, bien s’alimenter est une première mesure de prévention des caries de son enfant.

Selon cette logique, des grossesses rapprochées (moins de 3 ans entre les grossesses) ne permettent pas à la maman de reconstituer son stock de vitamines, minéraux et nutriments, et la minéralisation des dents du futur bébé peut être moins bonne, ou alors au détriment des réserves de l’organisme maternel [4] d’où l’adage « une grossesse une dent ». C’est ce qui permettrait aussi d’expliquer les différents états de santé dentaire au sein d’une même fratrie, en dépit d’une alimentation et d’une hygiène similaires ; les aînés bénéficieraient d’un statut nutritionnel maternel meilleur que les puînés.

Dans les populations traditionnelles, la diversification alimentaire des enfants se fait avec les mêmes aliments que consomment les femmes enceintes et allaitantes. Pas de compotes, de purées de légumes ou de bouillies de céréales ! Mais, à la place, des aliments riches en nutriments liposolubles, vitamines A, D et K2, en minéraux, calcium, fer, zinc, phosphore provenant notamment de viande, de bouillon d’os, d’huile de foie de morue, du jaune d’œuf, de la moelle, des abats (foie, cervelle), des œufs de poisson, du homard, des poissons gras, des coquillages, des insectes, des noix de coco, etc. Encore une fois, le remède est dans l’aliment [5]  !

Julie Autre, administratrice du groupe Facebook « Alimentation, carences, allaitement et dents de lait »

1 – Les observations de Weston Price ont été reprises dans son ouvrage de référence Nutrition and physical degeneration. Disponible en version électronique : http://www.westonaprice.org/uncategorized/physical/

2 – On note une corrélation frappante entre la construction d’une voie de chemin de fer et l’apparition de caries et plus généralement de maladies dites de civilisation.

3 – http://presse.inserm.fr/le-pouvoir-naturel-de-reparation-des-dents-elucide/19015/

4 – Voir Deep nutrition, Cate Shanahan, Éditions Big box books (2008).

5 – Vous retrouverez toutes les sources de cet article sur notre site à la page des compléments web : http://www.grandirautrement.com/fr/sources.html

Crédit photo : Annie Bénéteau


1 commentaire

Bernard Bel · 16 août 2020 à 22 h 00 min

Excellent article que j’ai cité sur mon site 🙂

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