Enseignants, rejoignez-nous pour défendre la liberté pédagogique !
Réponse à Laurence De Cock [1]

Depuis un siècle, toutes les tentatives pour permettre aux enfants d’apprendre en favorisant leur motivation intrinsèque (grâce à la pédagogie de projet plutôt que par un programme précis et des évaluations) se heurtent au refus de l’institution. Bernard Collot qui connait bien « l’apprendre autrement » grâce à son expérience de « l’école du troisième type » le déplore depuis des années [2].

L’institution prend parfois à son compte quelques idées comme les TPE en 2000 mais c’est très marginal, la forme scolaire ne change pas.

En attendant, les parents doivent agir ici et maintenant et certains font le choix de l’instruction en famille. Ce choix pourrait sembler une solution de repli sur soi parce qu’on parle d’école « à la maison » mais les familles interagissent avec les autres et avec le monde. La variété en âge et la diversité sociale des familles est bien plus grande que dans leur quartier. 

Mais au lieu de reconnaitre ces familles comme de petits laboratoires de l’apprentissage et au lieu d’encourager la liberté pédagogique des enseignants, le président de la République a choisi le 2 octobre dernier d’annoncer que cette liberté pédagogique serait supprimée à partir de septembre 2021. Or, cette liberté, même si elle n’est utilisée que pour 0,5 % des enfants, est précieuse pour tous : précieuse pour toutes les familles qui pourraient un jour ou l’autre y avoir recours, et même précieuse pour le monde enseignant, car ces familles représentent la pointe avancée de la recherche empirique en matière d’apprentissages.

Enseignants, ne vous sentez pas agressés par le choix de l’instruction en famille, ce n’est pas un choix contre vous, c’est un choix pour autre chose. Les familles qui nous appellent pour se renseigner sur les démarches de l’instruction en famille[3] expriment leur reconnaissance vis-à-vis de la qualité et du courage des enseignants, mais savent que ceux-ci sont pris en étau entre une institution qui ne leur fait pas confiance, des conditions de travail difficiles (trop d’heures par élève et trop d’élèves) et beaucoup de parents inquiets. 

Enseignants de Questions de classes, ne vous sentez pas agressés par les motivations de l’instruction en famille. Les arguments de Laurence De Cock parus dans Libération montrent que votre opposition ne tient pas. Nous avons tout intérêt à travailler ensemble pour que tous les enfants puissent bénéficier des apports documentés de l » »éducation nouvelle ».  

À Laurence De Cock, nous voulons dire ceci.  Nous regrettons les exagérations de votre tribune parue dans Libération du 8 octobre [4] : d’abord vos critiques s’adressent surtout aux écoles hors-contrat, qui n’ont rien à voir avec l’instruction en famille, même si ce sont des lois proches qui les contrôlent

Ensuite, vous parlez de « renforcement du contrôle de l’instruction en famille (IEF) [qui] provoque un tollé » : les familles ne s’opposent pas au puissant arsenal règlementaire et législatif qui contrôle déjà les familles, mais à l’interdiction annoncée ! 

Dommage que vous vous moquiez en termes hyperboliques de l’éducation « libertaire« , qui serait marquée par la « bienveillance extrême », « l’accompagnement hyper-individualisé« , qui considèrerait l’enfant « comme une intelligence pure ».

Ainsi, vous n’avez aucun argument contre l’instruction en famille. La grande majorité des familles en IEF vivent chichement avec deux demi-salaires et font le choix de « plus de liens et moins de biens ». Malgré les difficultés, ces familles réussissent là où l’école échoue : elles refusent les normes de réussite scolaire basées sur une sélection pyramidale au détriment des plus faibles, alors que l’école, « machine à reproduction sociale » qui transforme les différences en inégalités, aggrave les injustices (d’ailleurs, dans les collèges sans note, les écarts se réduisent [5]).

Enfin, contrairement à ce que vous avancez, « la priorité première des défenseurs de l’IEF » est précisément l’intérêt commun. Eux qui vivent dans le monde de l’économie sociale et solidaire, ils aspirent à une société émancipatrice où les autres jeunes n’auront pas été brisés par l’école. 

1 Libération a publié la tribune « Garantir la possibilité d’apprendre autrement » et une réaction de Laurence De Cock, enseignante d’histoire, « Pour une école commune, émancipatrice et accessible à tous« . J’ai écrit une réponse à cette dernière tribune et, comme je lis Laurence De Cock dans Questions de classes, en plus d’envoyer une réponse à Libération, je l’ai envoyée aussi à Questions de classes.
2 Par exemple ici : http://education3.canalblog.com/archives/2018/09/25/36733173.html.
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