Le féminisme comme philosophie et pratique écologiques

 

L’écoféminisme désigne un mode écologique de rapport des femmes à leur propre corps et à celui des autres, notamment des enfants. L’écoféminisme désigne également un ensemble de revendications féministes comme la reconnaissance de la spécificité du corps féminin et des activités et fonctions habituellement prises en charge par les femmes (comme porter ou nourrir un enfant) et la valorisation de celles-ci.

Selon l’écoféminisme, la mère n’est pas un autre de la femme ; elle en est une modalité contingente, que l’on peut choisir de vivre ou pas. Loin de notre philosophie l’idée qu’une femme ne se réaliserait que dans la maternité. Nous avons un profond et absolu respect pour les femmes qui choisissent de ne pas avoir d’enfant ou de ne pas allaiter. Il ne s’agit pas de poser de nouvelles normes mais de montrer à quel point le modèle de réalisation féminine hérité des féministes des années 70 est étroit et ne tient pas suffisamment compte de la dimension parentale. Nous ne confondons pas féminité et parentalité. Mais nous pointons du doigt le fait que le contexte socioéconomique et culturel de notre pays ne permet pas, à ceux qui souhaiteraient en faire le choix, de prendre en compte différemment l’élément « enfant » dans l’équation parentale. D’où nos revendications de congés parentaux plus longs, de réaménagement des modes, temps et rythmes de travail (télétravail, temps partiel), d’attribution de points de retraite pour périodes non travaillées, etc., et cela, nous le répétons, pour ceux qui feraient le choix de concilier vie familiale et professionnelle autrement.

Nous ne cherchons pas à imposer notre point de vue, à en faire une nouvelle norme pour les femmes. Nous militons précisément contre les modèles normatifs et les dogmes et nous souhaitons les conditions socio-économiques qui rendent possible la plus grande variété de styles de vie.

Or actuellement, notre vision des choses n’est guère reconnue comme légitime et c’est plutôt le modèle de la femme assujettie aux impératifs de la société de consommation qui domine.

Le combat féministe n’est pas achevé, loin de là. Il ne faudrait pas nous endormir sur nos lauriers. Le corps de la femme fait encore l’objet d’une brutalisation inacceptable dans la médecine moderne (gynécologique et obstétricale) ; le nier serait absurde et méprisant du vécu douloureux de tant d’individus qui s’expriment de plus en plus par le truchement d’associations d’usagers. Est-il nécessaire de préciser, pour parer aux arguments malhonnêtes et fallacieux, que la mise à l’index de l’hypermédicalisation n’est en aucun cas une remise en cause des acquis de la médecine ? Le fait que l’obstétrique moderne sauve des vies de femmes et d’enfants implique-t-il l’impossibilité absolue et l’indécence du regard critique ? N’a-t-on pas le droit d’être exigeant, plutôt que de se contenter de ce qu’on a déjà et qui se révèle insuffisant ? En quoi une attitude, qui nous semble saine, d’esprit critique équivaudrait-elle à de l’ingratitude ? En quoi notre demande de prise en compte de certaines spécificités du corps féminin ruine-t-elle le combat pour l’égalité des droits ? Être juste et équitable, ce n’est pas simplement appliquer sans discernement et universellement un droit ; c’est répondre aux besoins spécifiques de chacun, qu’il soit homme ou femme.

Que certains se détrompent, notre vision des choses est tout sauf une mode. C’est le fruit d’une réflexion profonde et courageuse. Profonde car elle touche au plus fondamental de nos existences, à cette recherche que chacun mène sur le sens qu’il veut donner à sa vie. Courageuse car souvent elle a dû se faire à contre-courant, et contre les standards oppressants d’une société fondée sur le primat matérialiste, primat qui ne suffit plus à satisfaire nos aspirations. Bien sûr, grâce aux luttes de celles et ceux qui nous ont précédés, nous avons le luxe d’être plus exigeants et de rechercher de nouvelles formes d’émancipation vis-à-vis des contraintes matérielles de nos vies. Et nous sommes infiniment reconnaissantes envers les féministes des années 70. Mais reconnaissance ne signifie pas loyauté obtuse et irréfléchie. Notre vie est maintenant et ici, et notre combat féministe ne peut être complètement celui, anachronique, qu’une Élisabeth Badinter voudrait perpétuer, contre les profondes mutations socioculturelles que nous sommes en train de vivre.