L’école de la République prend ses racines dans les rêves trahis de la Révolution mais s’est construite avec l’impérialisme et le capitalisme. Ce dernier a besoin d’elle et elle repose sur lui pour justifier ce qu’elle est devenue. Si l’on veut la fin du capitalisme, il faut prévoir la fin de l’école.

Dans la volonté de faire table rase de ce qui nous encombre de l’ancien monde, on remet en question le régime représentatif ; on remet en question la police, le consumérisme, le capitalisme. Parce qu’on ne vit pas dans l’idéal de ces fondements, mais avec la réalité de ce qu’ils sont. Parce qu’on est là pour penser et construire le monde que l’on souhaite. De même, il est temps de remettre en question l’école.

Si le combat des « non-sco » semble anecdotique, il s’inscrit en réalité pleinement dans ce changement de paradigme que nous sommes en train de construire, de vivre. Nous sommes en 2020, le monde entier s’élève contre les injustices qui ont élaboré nos sociétés modernes : racisme, colonialisme, autoritarisme, totalitarisme représentatif, patriarcat, formatage citoyen, exploitation, épuisement des ressources, monopole des richesses…

Anticapitaliste ne veut pas dire contre le travail. Ainsi, envisager une enfance sans école n’est pas refuser les apprentissages, les valeurs humaines (avant d’être des valeurs républicaines) et la rencontre de l’autre. Anticapitaliste signifie être pour un quotidien affranchi du système capitaliste et de la vision impérialiste qui ont besoin qu’on envoie les enfants à l’école pour être tous formés – formatés – et les parents alimenter la société de consommation. L’école est nécessaire au projet d’une société capitaliste qui contraint les parents à confier aveuglément leurs enfants à une garderie institutionnelle dont l’utilité tient plus de l’ordre du postulat indiscutable, que d’une sincère préoccupation des besoins de l’enfant. Si les enfants n’appartiennent pas à leurs parents, ils appartiennent encore moins à la République.

Ce droit de choisir le mode d’instruction des enfants est rogné peu à peu depuis trente ans et aujourd’hui le président en annonce la fin. Sous couvert d’une loi contre les séparatismes, il brandit son « écolisme » qui pense l’école comme le lieu exclusif et privilégié pour apprendre et découvrir. Sur le plan individuel, l’école est aussi le moyen de se séparer de son enfant afin de vivre sa vie d’adulte telle que la société nous l’a prescrite, à coups d’injonctions, dans une opposition totale à une saine écologie des relations humaines : pour pouvoir travailler, être entre adultes, avoir des activités, on ne doit pas être esclave de son enfant qui serait une entrave à l’épanouissement. N’est-ce pas là une forme évidente de séparatisme ? Un séparatisme qui a rendu notre société malade, avec des parents qui ne connaissent plus leurs enfants, des enfants qui défient leurs parents, des grands-parents dont on doit se séparer au profit d’une Ehpad, des générations qui ne se comprennent pas et qui avancent à deux vitesses. Nous pourrions nous amuser à évoquer tout un tas d’autres séparatismes soutenus par le pouvoir, comme celui qui a cours dans les beaux quartiers parisiens, s’il n’y avait pas, derrière, de profondes injustices allant jusqu’à tuer les enfants de la nation par son bras armé et impuni qu’est la police.

De toutes les formes de domination, celle que les adultes exercent sur les enfants est sans aucun doute la plus répandue, et paradoxalement, la moins questionnée. On a déclaré les droits de l’homme, le droit des peuples à l’autodétermination. Puis les femmes se sont battues pour leurs droits également. Il est temps de nous pencher désormais sur le droit des enfants, de faire en sorte que la Déclaration des droits de l’enfant atteigne ses objectifs par une réelle évolution des consciences permettant avant tout d’identifier clairement toutes formes de domination.

Si nous parvenons à nous représenter aisément les violences physiques et les sévices sexuels sur les enfants, contre lesquels l’État ne se mobilise pourtant pas, nous sommes en revanche aveugles à la violence produite par l’école. La souffrance d’un grand nombre d’enfants est inaudible pour nous, leurs paroles sont niées, leurs réels besoins enterrés sous des concepts républicains qui ont du mal à se renouveler, qui ne suivent pas le cours de l’histoire et des innovations d’ordre pédagogique, social ou politique. Prétendre que l’école arrache les enfants au travail et à leur exploitation par des crapules, en leur inculquant des bases afin d’en faire des citoyens est une affirmation qui s’adresse à un autre temps ! Et si nous ne pouvons que souhaiter la fin de leur esclavagisme partout dans le monde, nous ne leur souhaitons ni notre société de consommation, ni notre école.

Il est communément admis de contraindre les enfants et de décider à leur place : après tout, « c’est pour leur bien ». Le modèle scolaire n’aide en rien à faire progresser ce concept si cher à l’Occident qu’est l’émancipation, c’est même tout le contraire ! L’école en 2020 est un anachronisme. Les outils pédagogiques à disposition, les technologies de communication, les initiatives de la société civile se multiplient pour faciliter l’accès, pour tout un chacun, à une formation adaptée à ses propres contraintes. Au même titre que le travail obligatoire, l’idée d’école obligatoire fait office de vestige d’un vieux monde autoritariste. Quelle est donc cette idée qu’il relèverait de l’État de contraindre les enfants à acquérir des savoirs identiques pour tous afin de devenir des citoyens responsables, à la fois libres et intégrés dans la société au sein de laquelle ils naissent ?

Les enfants non-sco sont en réalité ceux qui intègrent le plus tôt la société dans son fonctionnement. Ils ne vivent pas enfermés entre les quatre murs d’une école qui sont, du reste, l’horizon quotidien et unique des élèves, isolés d’absolument tout ce qui fait le monde, ne goûtant à celui-ci qu’au travers d’un tableau noir ou blanc, au travers d’abstractions, de schémas inutilement simplifiés, ou à travers la parole d’une ridicule poignée d’enseignants qui ne sont, somme toute, que des points de vue subjectifs, des visions influencées par le ministère dédié à l’éducation. Même bourrés de bonnes intentions et avec un amour réel pour la transmission, ils sont limités et contrôlés par l’administration d’État. Quand les enfants grandissent hors école, ils ont bien plus conscience de la réalité de leur environnement, ils sont entourés d’autres enfants et adultes de tous âges, à n’importe quel moment de la journée, côtoyant leurs réflexions et témoin de leurs activités. Ils ont le choix de participer ou de s’isoler, d’être en lien de bien des façons, de partager des découvertes et expérimentations de manière organisée ou spontanément. Ils sont au plus proche de la réalité. Dire le contraire n’est qu’un mensonge digne des propagandes les plus manipulatoires et obscurantistes. Il suffit pour s’en convaincre de simplement écouter les témoignages des premiers intéressés et de leurs parents. Si des familles musulmanes font le choix de l’instruction en famille, c’est avec tout autant de soin que les familles non musulmanes. Ce choix marginal est jusqu’ici légal et de toute évidence issu d’une profonde réflexion, fait en conscience par chacune des familles, dans l’intérêt supérieur de l’enfant. Les dérives y sont certainement moins nombreuses que celles qui existent partout ailleurs dans notre système complètement dénaturé.

George Orwell et Aldous Huxley avaient anticipé les dérives autoritaires rendues réelles par de plus en plus de lois. On traque les petits tricheurs de la CAF, on compte les heures des travailleurs, on recoupe les fichiers personnels. On oblige les jeunes dont on a détruit tous les repères à suivre une formation dès 16 ans : pas une année de répit. On pousse l’ultra-surveillance jusqu’à fliquer la moindre petite personne dès l’âge de 3 ans. On ne peut mettre toute une humanité disparate, riche de différences, dans un seul et unique moule, aussi joli serait-il. Ce genre d’impérialisme a déjà produit le génocide d’à peu près tout ce qui était différent, et voilà où nous en sommes aujourd’hui, appauvri de tout ce qui aurait pu nous rendre plus riches. L’autoritarisme s’est imposé au nom de la sécurité et, pire, au nom de l’égalité et des droits des enfants.

Jusqu’ici, nous estimions que nous n’avions pas vocation à abattre l’école. Et revendiquions a minima le respect de la différence, qui doit être mutuel. Ceux qui vont à l’école pourront sans doute s’enrichir de ceux qui n’y sont pas allés, et réciproquement. Nous pourrions continuer d’accepter ce statut quo. Mais si l’État aujourd’hui nous défie en proclamant son monopole d’éducation, si l’État dénigre toutes les études prouvant l’échec de l’école en France, si l’État ne respecte pas la dignité des parents, si l’État ne donne pas la parole aux enfants, alors nous rejoignons avec force et conviction les voix qui s’élèvent de toutes parts, de toutes les minorités opprimées, avec ce refus grandissant de l’ancien monde. Et parce que nous reconnaissons avec honnêteté que nous pouvons compter sur la jeunesse car elle est l’avenir, nous ne voyons pas d’autres solutions que de détruire l’école. Détruisons-là et inventons toute autre chose, mais qui cette fois-ci ferait partie d’un projet de société bien différent.

Fréquenter les lieux de découvertes et de ressources multi-âges, assister à des présentations thématiques préparées par des personnes enthousiastes, expérimenter autant que nécessaire, choisir les programmes que nous voulons suivre, changer d’avis ou aller plus loin, jouer ensemble et relever des défis, construire des projets en groupe ou seul, explorer l’environnement dans lequel nous habitons pour en connaître ses secrets et ses ressources, mais aussi ses failles et ses axes d’amélioration potentiels, se ménager de vrais temps de liberté où l’esprit s’évade et les mains tâtonnent, gagner quelque argent de poche et le dépenser ou le donner, exprimer nos doutes et nos difficultés, goûter la liberté et chercher ses limites, plonger des jours entiers dans des livres, courir sous la pluie attraper les feuilles mortes qui tombent des arbres, voyager vers d’autres horizons géographiques et imaginaires, apprendre en faisant, apprendre parce qu’on en est libre et qu’on veut comprendre. Vivre chaque jour.

L’État croit encore, naïvement ou hypocritement, être capable de remonter la qualité de son enseignement alors qu’il n’est constitué que de forces minoritaires réactionnaires, incapables d’aucune créativité, d’aucune réinvention. Il se permet, sur la base d’arguments fallacieux et mensongers, de jeter le discrédit sur la société civile qui expérimente de partout de nouvelles formes d’éducation et, plus largement, d’organisation sociale. Et il ose brandir le bien-être de l’enfant ?

Si aujourd’hui l’État veut réellement protéger nos enfants, le fléau n’est sûrement pas celui de l’extrémisme religieux. Quelques chiffres, estimés ou constatés : 17 000 enfants enlevés chaque année, 73 000 cas de maltraitances infantiles identifiés par la police, tous les 5 jours un enfant meurt pour cause de sévices, 155 000 enfants victimes de viol ou tentative de viol et 6 % de la population française victimes d’inceste, soit 4 MILLIONS ! La liste est morbide et affligeante. Là, il y a un combat à mener, des moyens à libérer, des décisions radicales et sans précédent à prendre. Sauvez ces enfants-là, réglez les problèmes d’inégalités sociales de notre pays, écoutez les acteurs de terrain et dotez-les de moyens, régulez les richesses, et alors peut-être nos enfants aimeront leur pays et croiront en les valeurs de la République.

Bataillon international de libération des enfants

 

 


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